Le travail a-t-il un genre ? Avons-nous tous accès aux mêmes emplois ?

Le travail a-t-il un genre ? Avons-nous tous accès aux mêmes emplois ?

Ingénieur.e, boucher.ère, infirmier.ère, électricien.ne, coiffeur.euse, mécanicien.ne… Associez-vous ces métiers à un genre ? Au Québec, la liberté de choisir son emploi et l’accès égal à tous les domaines professionnels, quels que soient le genre et l’origine, fait partie de nos valeurs et de nos défis. Pourtant, si dans la théorie, hommes et femmes ont accès à l’ensemble des professions sans distinction, la réalité montre que de nombreux domaines professionnels sont encore sexuellement stéréotypés. 

Dans la réalité, certains domaines sont encore sexuellement stéréotypés 

Prenons quelques chiffres à l’appui : en 2010, près de 85 % des femmes étaient inscrites dans quatre disciplines de formation : l’administration, le commerce et l’informatique (35 %), la santé (31 %), les soins esthétiques (11 %), l’alimentation et le tourisme (7 %). Alors que dans ces domaines, la présence des femmes est plus importante, on remarque que d’un autre côté, il existe encore de nombreux emplois et formations où l’on trouve moins de 33 % d’effectifs féminins. C’est par exemple le cas de l’informatique, la mécanique ou encore de l’électricité parmi d’autres domaines. Même dans un domaine bien plus récent et à la croissance fulgurante comme celui des TI, on remarque encore une sous-représentation importante des femmes. 

Comment l’expliquer ? 

Différentes études permettent d’établir l’importance de différents facteurs individuels, sociaux et organisationnels pour expliquer ce manque de mixité dans certains domaines professionnels. À l’origine, on ne peut nier que certains métiers ont exclusivement été pratiqués par les hommes du fait de leur pénibilité physique. À cela, se sont aussi ajoutés certains clichés, certains stéréotypes sexuels, attribuant certaines qualités naturelles aux hommes et d’autres, bien différentes, aux femmes. On a par exemple longtemps considéré que les sciences physiques, mathématiques, la technologie et les industries techniques étaient l’affaire des hommes, supposés avoir une intelligence plus scientifique, rationnelle et technique. À l’inverse, compte tenu de la place sociale des femmes, on s’est essentiellement concentré sur leurs qualités maternelles, leur intelligence sociale et émotionnelle, pour les préférer dans des métiers liés aux sciences humaines : nourrice, assistante maternelle, enseignante, aide aux personnes âgées, etc. Cette forme de ségrégation professionnelle instaure ainsi un cercle vicieux puisque hommes et femmes eux-mêmes se dirigent encore assez naturellement vers les «  voies de prédilection  » liées à leur genre. 

D’un côté, les hommes, encore influencés par la pression sociale «  du père de famille  » devant assurer les besoins matériels de son foyer, continuent de se diriger vers des métiers plus rémunérateurs, encore baignés d’une certaine culture masculine. De l’autre, les femmes peinent encore à trouver des modèles féminins, des mentors, dans ces secteurs traditionnellement masculins et peuvent s’inquiéter de ne pas trouver leur place, voire de subir une certaine discrimination dans ces milieux. Encore moins présentes que leurs collègues masculins dans les sphères décisionnelles des organisations, elles sont aussi confrontées à la nécessité de concilier leurs objectifs professionnels et leurs impératifs familiaux.

Un choix de conciliation qui peut aussi grandement impacter leur niveau de rémunération et leur avancement professionnel.

Pour reprendre le témoignage de Joanie, on constate que même dans les arts, les rôles de décideurs ont longtemps été accaparés par les hommes (photographes, réalisateurs, metteurs en scène, compositeurs) alors que les rôles d’apparat, de représentation, sont confiés aux femmes (mannequins, actrices, chanteuses). Heureusement, dans les arts comme dans les autres secteurs, les femmes prennent progressivement les manettes ! 

La mixité, une ressource de talents et d’efficacité ! 

Si cela va prendre du temps pour qu’une mixité parfaite existe dans les différentes industries, la considérable avancée des filles dans l’enseignement secondaire et supérieur qui s’opère depuis les années 1970 a d’ores et déjà permis de faire progresser la part des femmes dans des disciplines où elles étaient auparavant minoritaires (droit, médecine, gestion, etc.) et elles ont également continué de renforcer leur présence  au sein des filières les plus féminisées de l’université (lettres et sciences humaines). Dans les filières techniques et scientifiques, cette progression est bien plus lente, mais l’on peut grandement espérer qu’avec la belle réussite des femmes dans des domaines d’éducation et de formation de plus en plus variés, elles pousseront progressivement les portes des industries perçues comme les plus prestigieuses et les plus rémunératrices. 

Au Québec, nous sommes chanceux de voir que l’intégration des femmes dans des métiers traditionnellement masculins est une préoccupation collective et constante depuis plusieurs décennies. Cela s’est notamment traduit par la mise en place de différentes politiques d’égalité. Si les chiffres de la mixité doivent progresser, il faut aussi avoir une approche qualitative de celle-ci.  

  • D’une part, c’est d’abord dans un souci d’avancement et de justice sociale qu’il est essentiel de donner aux femmes la possibilité d’effectuer leurs choix de carrière de façon non stéréotypés, afin qu’elles puissent accéder, en toute égalité des chances, aux emplois visés, et cela, avec l’assurance d’obtenir des salaires équivalents et des conditions de travail adaptées à leurs réalités
  • D’autre part, dans un contexte de pénurie de main d’œuvre, notamment dans plusieurs secteurs d’emplois techniques et scientifiques, il est urgent d’encourager les femmes à s’y diriger en leur donnant les moyens d’y accéder et de s’y établir. 

Ainsi, la mixité professionnelle peut devenir un formidable outil d’efficacité et de productivité sur le marché du travail, multipliant la variété des talents et des ressources humaines ! 

Un article de Alix Fieux

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Nos recommandations :

  • Balado «  Elles parlent », animé par Léa Clermont-Dion et son invitée Mme Pauline Marois, première femme à avoir occupé le poste de première ministre du Québec entre 2012 et 2014. 
  • Balado « Braves. Des femmes qui ont du cran » avec le récit personnel de Mme Pauline Marois, première femme à avoir occupé le poste de première ministre du Québec entre 2012 et 2014. 

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